Une nouvelle ère. Les grands défis du XXIe siècle

Après un certain laps de temps, une crise économique prolongée et incertaine, la conviction que les choses ne seront plus les mêmes qu’avant la perturbation est de plus en plus forte. Telle est la thèse qui sous-tend le livre d’Ontiveros et Guillén, bien que ces auteurs ne se limitent pas à analyser les mutations sociales provoquées par la crise financière actuelle, mais contemplent, dans une perspective plus large, d’autres transformations du monde contemporain, évidentes depuis le début du XXIe siècle, dont les conquense ne peuvent pas encore être estimées avec précision. Ils parlent, par exemple, des attentats du 11 septembre 2001 et de l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce la même année, et ils s’efforcent de préciser les nouveaux changements dans les tendances qui affectent l’humanité tout entière à notre époque et continueront de le faire à l’avenir.

Ontiveros et Guillén identifient sept ruptures majeures dans les tendances de la dernière décennie: le progrès incontestable des sociétés émergentes – aujourd’hui responsables de la moitié de l’activité économique mondiale – dont l’excédent commercial coexiste avec le déficit des économies avancées, à l’exception de l’Allemagne et du Japon, ce qui se traduit par une croissance remarquable des réserves de change détenues par des pays tels que la Chine, le Brésil et la Russie; l’expansion très rapide de l’activité économique mondiale.

Les ruptures précédentes des tendances sont examinées en détail dans les chapitres de ce livre, à partir d’une riche information, avec une grande capacité didactique, au moyen de graphiques, tableaux, schémas et diagrammes. Les auteurs analysent l’interaction entre ces ruptures historiques, dans diverses dimensions, de l’économique et du social au politique et à l’international, et étudient l’émergence de nouvelles tensions et de complexités inattendues. Mais il convient de noter que les nouvelles tendances intègrent également des solutions aux problèmes atavistiques. Par exemple, la mondialisation économique est étroitement liée à la réduction de la pauvreté absolue dans le monde, non seulement en Amérique latine mais aussi en Afrique, et à la convergence des niveaux de richesse entre pays riches et pays émergents. Ce phénomène, caractéristique des dernières décennies, conjugué à l’allongement de l’espérance de vie, représente un progrès indéniable dans l’histoire de l’humanité. Il est vrai que de telles preuves ne doivent pas occulter le contraste croissant dans la répartition des richesses et des revenus au sein d’une même société, en particulier dans les sociétés avancées. L’écart de productivité entre les secteurs puissants et les secteurs faibles explique probablement cet élargissement de l’écart des revenus. L’inégalité sociale peut conduire à de graves conflits, mais la poursuite de l’égalité comme objectif prioritaire plutôt que la lutte contre la pauvreté semble discutable. Cela peut être lié à la question, soulignée par les auteurs, de la perte d’efficacité et de pouvoir de l’État dans les sociétés arriérées et prospères. Mais il y a aussi quelques nuances. L’absence de contrôles dans les États en déliquescence n’est pas synonyme de réduction de la taille du secteur public en Europe occidentale ou d’assouplissement de la charge fiscale dans les économies avancées. Les auteurs mettent en garde contre l’aggravation des inégalités sociales dans des pays pro-verbialement équitables comme les pays scandinaves. Cela n’ a-t-il pas à voir avec la baisse de l’incidence fiscale au cours des dernières années, tout en maintenant un taux de croissance économique remarquable?

D’autres questions, cependant, soulevées dans ce livre, et très inquiétantes à tous points de vue, se posent sur l’évolution des sociétés modernes. L’une d’entre elles est la dégradation de l’environnement. Un autre est la qualité douteuse de nombreux États apparemment démocratiques. Ou la mauvaise mise en œuvre de l’Europe en tant que puissance mondiale. Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses réflexions qui ont émergé d’un ouvrage hautement recommandé.

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